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Par Bernard Delaunay
Thèse d’histoire des techniques soutenue le 11 décembre 2013 à l’université de Paris 1 – Panthéon Sorbonne.
Sous la direction d’Anne-Françoise Garçon, Professeur à l’université de Paris 1
Jury : Simone Mazauric (Professeur des Universités, Université Nancy 2), Pascal Brioist (Professeur des Universités, Université François Rabelais, Tours), Jean-Luc Chappey (Maître de conférences habilité à diriger des recherches, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne), Hélène Vérin (Chargée de recherche, CNRS Centre Alexandre Koyré UMR 8560)

 

Fondée en 1666, « Renouvelée » par un règlement royal en 1699, devenue une institution de la monarchie absolue, l’Académie Royale des Sciences réunit les meilleurs savants du XVIIIe siècle. Etre un acteur majeur dans le champ de la technique n’allait pas de soi pour une Académie des sciences. Cette thèse analyse les raisons et les modalités de cette présence et en mesure la place. De l’examen des inventions aux études techniques, en passant par les expertises et les descriptions des arts, une nouvelle pensée apparaît caractérisée par l’émergence du régime de la technologie de la pensée opératoire. Dans la première moitié du XVIIIe siècle ce régime de pensée s’installe et se traduit par une nouvelle relation entre sciences et techniques. Délaissant progressivement les techniques des métiers réglés pour se tourner vers les techniques nouvelles pour en rechercher les principes, les causes de leur fonctionnement plutôt que de le décrire, l’Académie applique les méthodes de la science moderne à la technique. Cette pensée technique se diffuse, elle est partagée et enseignée dans des lieux nouveaux. De là, l’enseignement des techniques va quitter le mode de la transmission et de l’apprentissage pour entrer dans un modèle spécifiquement français de la formation scientifique des ingénieurs. Dans cette période des liens particuliers unissent l’Académie aux écoles des armes savantes, ainsi qu’à une école de « mathématiques pratiques ». Les savants qui ont pris le contrôle d’une technique devenant scientifique vont, alors, céder la place à des ingénieurs qui deviennent aussi des scientifiques.

 

As an institution of the absolute French Monarchy first founded in 1666 and later “renewed” by royal decree in 1699, the “Académie Royale des Sciences” brings together the best scientific minds of the Eighteenth Century. Becoming a major player in the technical field did not represent an obvious task for a scientific Academy. The present thesis analyzes how and why such an action came to be while measuring its importance. Starting with an examination of inventions and moving on to technical studies, taking into consideration technical assessments as well as the descriptions of currently employed techniques, we see the emergence of a new type of operational thinking characterized by the rule of technology. Once established during the first half of the 18th century, such a conceptual régime enables a new relationship to develop between science and techniques. Progressively abandoning the current techniques with the aim of studying new techniques and uncovering the principles and causes of their functioning rather than merely describing the latter, the Academy thus began to apply the methods of early modern science to techniques. Gaining currency in ever wider circles, this way of thinking was both taught and shared in new places. Hence technical training moves from transmission and apprenticeship to a specifically French way of training engineers scientifically. During this period special links are established between the Academy and military engineering schools as well as with a school of “practical mathematics” founded in Reims. Those scientists who first endowed technical thinking with a scientific outlook will in turn give way to engineers who become scientists.

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