Fermer

L’école gratuite de dessin de Rouen, ou la formation des techniciens au XVIIIe siècle

Par Frédéric Morvan Becker

Thèse d’histoire soutenue le 6 novembre 2010
Sous la direction de Philippe Minard, professeur à l’université de Paris VIII-Saint-Denis
Jury :
Philippe Duboÿ (ENSA Paris-La-Vilette), Renaud d’Enfert (INRP), Liliane Hilaire-Pérez (Université Paris-Diderot Paris 7), Dominique Margairaz (Université de Panthéon-Sorbonne) et Daniel Roche (Collège de France)

L’école publique et gratuite de dessin de Rouen, créée en 1740 sous l’égide de l’académie des Sciences, Belles Lettres et Arts de cette ville, s’inscrit dans l’histoire de l’éducation autant que dans l’histoire des arts et métiers. Il faut remonter à 1676 et à un édit de Colbert autorisant la création d’écoles académiques en province destinées à offrir aux jeunes artistes, artisans et ouvriers des manufactures une formation théorique de dessin, un apprentissage de la copie, seul instrument de reproduction avant l’invention de procédés mécaniques ou chimiques, dans le but d’améliorer la qualité de leurs productions dans le contexte d’une concurrence commerciale européenne. Mais ce n’est qu’à partir des années 1740 que sont réellement mises en place ces écoles à temps partiel dont certaines existent encore aujourd’hui, comme celle de Paris (EnsAd).

Étudiées de manière contrastée par les historiens de l’art et ceux de l’éducation, les écoles gratuites de dessin méritaient une approche différente. Elles sont donc ici envisagée sous l’angle de leur utilité pour les métiers, seule raison de leur création, seule justification de
leur financement par l’État et seule garantie de leur pérennité. L’école de dessin de Rouen, dirigée pendant un demi-siècle par un peintre flamand, Jean-Baptiste Descamps, a été la plus importante, non seulement par le nombre et la qualité de ses élèves, mais aussi car elle apparaît comme une expérience pilote destinée à servir de modèle à l’échelle européenne.

Ce travail se propose non seulement de montrer l’école dans sa réalité, du moins ce que les archives en ont révélé, mais surtout d’en valider la réussite en suivant les itinéraires professionnels des élèves qui ont pu être repérés. L’enquête a permis d’aller au-delà du
trompe-l’œil des beaux-arts, et de l’architecture, et de mettre au jour les débouchés nouveaux qui s’offraient aux élèves aussi bien dans les ateliers de gravure que dans les bureaux des services publics (bâtiments, travaux publics, manufactures royales) ou les agences
d’architectes. Si la plupart des élèves ne quittent jamais le milieu de l’artisanat provincial, un certain nombre d’entre eux, soigneusement repérés et formés, deviennent des collaborateurs qualifiés, que l’on n’appelle pas encore des techniciens.