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L’enseignement à l’Académie royale d’architecture.

De Philippe de La Hire à Louis-Adam Loriot (1687-1762)

 

Par Hélène Rousteau-Chambon, professeur d’histoire de l’art à l’université de Nantes

Habilitation à diriger des recherches soutenue le 28 novembre 2011

Sous la direction de Joël Sakarovitch, professeur à l’ENSA Paris-Malaquais, Université Paris-Est

 

Jury :

Robert Carvais (CNRS), Christian Michel (Université de Lausanne), Chantal Grell (Université de Saint-Quentin en Yvelines), Alexandre Gady (Université de Nantes), Daniel Rabreau (Université Paris-Sorbonne), Antoine Picon (Harvard University)

 

Si l’action de François Blondel (-1686) et de Jacques-François Blondel à l’Académie royale d’architecture est assez bien connue, il n’en est pas de même pour les huit professeurs qui œuvrèrent de 1687 à 1763. Pourtant, des manuscrits en grand nombre et le résultat partiel de leur enseignement, à savoir les dessins présentés pour le grand prix, permettent de se forger une opinion sur le contenu de cet enseignement.

Il n’appartenait pas dans une telle synthèse de présenter l’enseignement de chacun des professeurs, Philippe de La Hire (1687-1718), Gabriel-Philippe de La Hire (1718-1819), Antoine Desgodets (1720-1728), François Bruand (1728-1730), Jean-Courtonne 1730-1739), Denis Jossenay (1739-1748), Louis-Adam-Loriot (1748-1763) et Charles-Etienne-Louis Camus (1730-1768) mais d’étudier les caractères et les spécificités des cours, d’autant que les professeurs chargés d’enseigner l’architecture aux futurs architectes du roi furent des hommes de sciences ou des architectes bâtisseurs ou dessinateurs. Les thèmes de cours permettent en revanche de se faire une idée précise de l’enseignement dispensé et de l’évolution de la conception de l’architecture dans ces années.

C’est ainsi que les différents cours sur les ordres, thème fondamental pour les architectes, sont analysés, comparés aux discours théoriques officiels (académie royal d’architecture) ou non (publications de théoriciens). Les professeurs rappelèrent ainsi les principes fondamentaux de la théorie des ordres tout en débattant sur quelques aspects plus spécifiques qui posaient des difficultés aux architectes des premières années du XVIIIe siècle (volute ionique, attique). Surtout ils s’intéressèrent à l’application des ordres dans l’architecture des dernières années du XVIIe siècle et de la première moitié du siècle des lumières.

Un enseignement apparaît tout aussi fondamental au moins jusque dans les années 1730, ce sont les cours de « géométrie appliquées à l’architecture ». Il est en effet rarement mis en avant que dans les années qui précédèrent la fondation des écoles d’ingénieurs, qu’elles soient civiles ou militaires, il existait un enseignement « scientifique » à l’Académie royale d’architecture dispensé par des membres de l’Académie des sciences, et que les cours y furent fort variés (optique, toisé, stéréotomie, mécanique…). Ces cours indiquent combien l’architecte devait alors être polyvalent, reprenant ainsi la conception vitruvienne.

Les enseignants surent aussi adapter leurs cours aux nécessités contemporaines : avec la fondation des écoles d’ingénieurs, l’enseignement approfondi des mathématiques à l’académie était moins indispensable, en revanche certains thèmes connurent un développement fondamental, comme la commodité, l’étude du droit (coutume) ou des embellissements (urbanisme). Toujours ils surent ancrer leurs réflexions sur les réalisations architecturales, tout en anticipant ou répondant aux discours académiques officiels.

En définitive, l’enseignement à l’Académie royale d’architecture de 1687 à 1763 est loin d’être uniforme puisque si les sciences constituent un enseignement privilégié jusque dans les années 1730, elles sont supplantées, par la suite, par un intérêt constant pour le dessin bien que cet enseignement ne soit jamais cité explicitement dans les matières enseignées.