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Séminaire Histoire de la construction

Le plâtre, matériau de construction

 

20 janvier 2014, 10h-17h, École nationale supérieure d’Architecture Paris-Malaquais, 14 rue Bonaparte 75006, Paris salle Gertrude Jekyll

Organisé par

  • Le Laboratoire de médiévistique occidentale de Paris (LAMOP) UMR 8589, CNRS – Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
  • Le Centre de théorie et analyse du droit (CTAD) UMR 7074, CNRS – Université Paris Ouest Nanterre La Défense
  • Le Laboratoire Géométrie-Structure-Architecture (GSA) Ecole nationale supérieure d »architecture Paris-Malaquais

Lieu : École nationale supérieure d’Architecture Paris-Malaquais, 14 rue Bonaparte 75006, Paris salle Gertrude Jekyll

 

Programme de la séance

 

10h Introduction,

Philippe Bernardi et Robert Carvais

10h30 Le plâtre, archéologie d’un matériau de construction en Ile-de-France

Yvan Lafarge, Archéologue

11h30 Les gypseries de Sainte Tulle

Jonathan Borel, Université Pierre Mendès-France, Grenoble, Histoire-Histoire de l’Art 

12h30 – 14h Déjeuner

14h Plâtre et plâtriers en Normandie orientale à la fin du Moyen Âge

Philippe Lardin, Maître de conférence, Université de Rouen

15h Outillage et techniques du gipier provençal, l’exemple de Riez (Alpes de Haute-Provence) 16ème-17ème siècle. Apport de la tracéologie

Julien Salette, Université de Toulouse-Le Mirail

16h Revue de publications récentes sur l’histoire de la construction

Atelier D’Alleman, Robert Carvais et Joël Sakarovitch

Le rôle des dessins et des illustrations dans le traité d’architecture de D’Alleman

 

Résumé et présentation des auteurs

 

Yvan Lafarge,

Le plâtre, archéologie d’un matériau de construction en Ile-de-France

La prééminence du plâtre dans la construction en région parisienne depuis le Moyen Age se caractérise par la variété d’utilisation de ce matériau dans tous les contextes sociaux. Les usages de ce matériau sont récurrents depuis l’Antiquité dans les différentes phases de la construction, premier et second œuvre. Toutefois la connaissance encore partielle de ces usages aux époques les plus hautes suggèrent des interrogations sur l’approche et la compréhension des vestiges archéologiques. En revanche, les continuités techniques sont extrêmement fortes depuis l’époque médiévale. A partir de cette époque, les usages de ce matériau sont à la fois diversifiés dans leurs différentes déclinaisons (construction, sculpture, décors…) et dans les contextes d’utilisations (on le retrouve dans l’habitat rural ou aristocratique). L’examen de la morphologie du bâti spécifiquement construit en plâtre permet de s’interroger sur les évolutions de forme du bâti.

Si on ne sait rien des modes de production du plâtre les plus anciens, un fait marquant est son industrialisation tardive ; étrange parallèle, les modes de mise en œuvre sont marqués par de très fortes permanences techniques. L’utilisation du plâtre depuis l’Antiquité est toutefois marquée par des ruptures techniques qui empêchent de considérer ce matériau dans la longue durée d’un strict point évolutionniste. Ainsi, l’objectif est d’identifier dans une perspective diachronique l’ensemble des chaînes techniques de la production à la mise en œuvre du plâtre, afin d’en caractériser les ruptures par l’innovation. Grâce à ce décryptage, on met en lumière un système économique mêlant exploitation « minière » du plâtre à l’exploitation du même matériau basée sur des cycles de récupération. Les approches, variées et complémentaires et des comparaisons croisées ainsi que la validation d’hypothèses par l’archéologie expérimentale permettent de mieux comprendre ces phénomènes.

Yvan Lafarge, archéologue et historien des techniques, est responsable d’opération, assistant qualifié de conservation du patrimoine au Bureau du patrimoine archéologique, Département de la Seine-Saint-Denis, DCPSL/SPC. Il a soutenu le 20 mars 2013 une thèse de doctorat d’histoire (spécialité : histoire des techniques) sous le titre « Le plâtre dans la construction en Ile-de-France : techniques, morphologie et économie avant l’industrialisation », sous la direction du professeur Anne-Françoise Garçon, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.

 

Jonathan Borel

Les gypseries de Sainte Tulle

Les fouilles et l »étude architecturale de la chapelle du village de Sainte-Tulle, dans les Alpes de Haute-Provence, menées par C. Michel d »Annoville et R. Fixot ont permis de découvrir plusieurs fragments en plâtre appartenant à un même ensemble décoratif. Ces éléments livrent des informations sur les techniques mises en oeuvre lors de la création puis de la pose. Le type de décor et le contexte de la découverte permettent d’attribuer cet ensemble à l’époque moderne, plus précisément au XVIIe siècle. Toutefois, il reste difficile d »interpréter cet ensemble, compte tenu du faible nombre de fragments conservés et faute d »un recueil d »exemples complets permettant les comparaisons. On ignore encore s »il s »agit de fragments d »un retable ou d’éléments constituant le décor d »un élément architectural (encadrement d »une ouverture ou autre). L’étude de ces fragments est menée dans le cadre d »un master 1, en prenant appui sur ces découvertes archéologiques et en ayant recours aux documents écrits. L’objectif est d »identifier ce décor et de l »insérer dans un contexte de production plus large, en s »interrogeant notamment sur les artisans et les commanditaires d’un tel type de création.

Jonathan Borel prépare actuellement un Master à l »Université Pierre Mendès-France de Grenoble

 

Philippe Lardin

Plâtre et plâtriers en Normandie orientale à la fin du Moyen Âge

Le plâtre était un matériau très utilisé dans certaines parties de la Normandie orientale à la fin du Moyen Âge. Produit à partir de gypse parisien, il était fabriqué dans les lieux de consommation, particulièrement à Rouen. Toutefois, les problèmes de transport réduisaient son emploi en dehors de la vallée de la Seine. Grâce aux comptabilités et aux statuts rouennais des plâtriers qui remontaient au milieu du XIIIe siècle, on peut constater que son utilisation était très variée depuis les parois intérieures et extérieures des habitations jusqu’aux décorations les plus fines. Il servait aussi aux couvreurs ce qui liait ces artisans aux plâtriers de manière assez complexe. Dans tous les cas, le plâtre était considéré comme indispensable et on n’hésitait à récupérer le «plâtre vieux» quand des problèmes climatiques ou politiques interrompaient l’approvisionnement en gypse. Quoi qu’il en soit, les plâtriers connaissaient une certaine aisance mais la situation n’était pas la même selon qu’ils produisaient eux-mêmes le plâtre ou qu’ils l’achetaient pour le mettre en œuvre.

Philippe Lardin est maître de conférences habilité en histoire médiévale à l’université de Rouen (Groupe de Recherche d’Histoire – GRHIS). Sa thèse portait sur Les Chantiers du bâtiment en Normandie orientale à la fin du Moyen Âge. Les matériaux et les hommes, et son habilitation sur Dieppe pendant la guerre de Cent Ans. Il a publié de nombreux articles sur la construction normande. Il a notamment publié, concernant la construction :

– Les chantiers du bâtiment en Normandie orientale (XIVe-XVIe siècle): les matériaux et les hommes, Villeneuve d’Ascq, 1998.

– « Les pierres de la vallée de la Seine à la fin du Moyen Âge: l’exemple normand », in: La pierre dans le monde médiéval, 2010, p. 37-48.

« Les travailleurs des métaux sur les chantiers du bâtiment », in Arnaud Timbert (dir.), L’homme et la matière. L’emploi du plomb et du fer dans l’architecture gothique, Actes du colloque de Noyon, 16- 17 novembre 2006, Paris, Picard, 2009, p. 89-93.

– « La municipalité de Rouen et les églises de la ville à la fin du Moyen Âge », in Jacky Theurot et Nicole Brocard (dir.), Les églises et la ville du XIIIe siècle à la veille du concile de Trente, Actes du colloque de Besançon-Poligny des 18 et 19 novembre 2005, Besançon, Presses Universitaires de Besançon, 2008, p. 47-63.

– « L’utilisation des pierres du bassin de la Seine en Normandie orientale à la fin du Moyen Âge », in François Blary, Jean-François Gely et Jacqueline Lorenz (dir.), Pierres du patrimoine européen, Paris, CTHS, 2008, p. 357-36.

 

– « Le temps de travail sur les chantiers du bâtiment normands à la fin du Moyen Âge », in Claude Mazauric (dir.), Temps social, temps vécu, Actes du 129e Congrès des sociétés historiques et scientifiques (Besançon, 2004), Paris, CTHS, 2007, p. 147-161.

– « Le chantier de la cathédrale de Rouen à partir du premier compte de la fabrique », in 396-1996. XVIe centenaire de la cathédrale Notre-Dame de Rouen, 2005, p. 95-121.

 

– « Les matériaux de couverture en Normandie orientale à la fin du Moyen Âge », in: Matériau et construction en Normandie du Moyen Âge à nos jours, 2004, p. 117-150.

– « L’utilisation du bois au château de Tancarville (Seine-Maritime) au cours du XVe siècle », in Le bois dans le château de pierre au Moyen Âge, Besançon, 2003, p. 129-149.

– « Le plâtre dans la construction courante à Rouen aux XIIIe et XIVe siècles », in Dominique Pitte et Brian Ayers éd, La maison médiévale en Normandie et en Angleterre. Actes des tables rondes de Rouen (1998) et Norwich (1999). Rouen, Société libre d’Emulation de la Seine-Maritime, 2002, p. 95- 102.

– « Les entreprises du bâtiment en Normandie orientale à la fin du Moyen Âge », in: Du projet au chantier. Maîtres d’ouvrage et maîtres d’oeuvre, Paris, 2002, p. 177-195.

 

Julien Salette

Outillage et techniques du gipier provençal, l’exemple de Riez (Alpes de Haute Provence) 16ème-17ème siècle. Apport de la tracéologie

Le matériau plâtre possède des propriétés plastiques et mécaniques qui confèrent aux mortiers des qualités spécifiques : finesse du grain et donc du détail, forte tenue mécanique, rapidité de prise. Ces propriétés favorisent la conservation de « traces » du travail du gipier (plâtrier). Le plâtre apparaît donc comme un support privilégié pour l’analyse tracéologique. L’étude des traces d’outils et de mises en œuvre permet trois types d’observations techniques. D’une part, ces traces constituent un apport d’informations sur l’outillage utilisé par le gipier. D’autre part, nous pouvons observer et analyser l’outil dans son usage : fonction, gestuelle, phase de prise de la matière… Enfin, l’ensemble de ces observations permet d’envisager la reconstitution de chaînes opératoires, ouvrant ainsi la voie à l’archéologie expérimentale.

Julien Salette est staffeur ; il prépare actuellement un Master à l’Université de Toulouse-Le Mirail

 

 

Photographie :

Marque du contrôleur général des plâtres de Paris, 13 août 1697, Archives nationales, Z1J 206