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Séminaire Histoire de la construction

 

Organisé par

  • le Laboratoire de médiévistique occidentale de Paris (LAMOP – UMR 8589, Université Panthéon-Sorbonne – Paris 1),
  • le Centre de théorie et analyse du droit (CTAD – umr 7074, Université Paris Ouest Nanterre La Défense – Paris 10)
  • Le Laboratoire Archéologie et Philologie d’Orient et d’Occident (UMR 8546, ENS-CNRS-EPHE)

avec le soutien du laboratoire d’excellence TransferS.

Lundi 26 mars 2018
9h30 à 17h30

Séance doctorale*
Construire la rue : un espace en chantier

 

Lieu :
Institut national d’histoire de l’art (INHA)
Salle Vasari, 1er étage
Galerie Colbert, 2 Rue Vivienne, 75002 PARIS
métro : Bourse ou Palais-Royal

 

9h30 Introduction par Laura Ceccantini, doctorante en histoire médiévale, Université Paris 1

10h Amira Belhout, doctorante en architecture, Université Badji Mokhtar, Annaba, Algérie
L’impact de la construction du temple de Vénus et de son chantier sur la mobilité urbaine à Cuicul/Djémila.

11h Raphaële Skupien, historienne de l’art, Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France
L’esthétique de la rue droite à Paris et le rôle des peintres dans la reconstruction de l’espace urbain après la guerre de Cent Ans.

12h-14h Déjeuner

14h Léonore Losserand, historienne de l’art, Université de Valenciennes
Lorsque le chantier déborde sur la rue. L’église paroissiale parisienne au XVIIe et XVIIIe siècle : un chantier public ?

15h Louis Baldasseroni, doctorant en histoire contemporaine, Université de Paris-Est-Marne-La-Vallée
Tenir le haut du pavé : les services de voirie lyonnais en quête du meilleur matériau pour circuler dans les rues, années 1880-1920.

16h-16h15 Pause

16h15 Brice Gruet, MCF- HDR en géographie à l’Université de Paris-est-Créteil
Conférence conclusive. La rue augmentée. Les architectures éphémères de la Rome baroque.

17h15 Discussion et revue des publications récentes sur l’histoire de la construction

*organisée par les doctorants Amira Belhout, Laura Ceccantini, Pauline Ducret, Nicolas Moucheront, Cécile Sabathier et Clémentine Villien.

 

Résumés

Introduction

Laura Ceccantini est doctorante en histoire médiévale à l’Université Paris 1 Panthéon- Sorbonne sous la direction de Philippe Bernardi. Après avoir mené des recherches sur les plafonds peints médiévaux dans le cadre de son mémoire de Master 2 à l’Université Paul-Valéry de Montpellier sous la direction de Géraldine Victoir et Géraldine Mallet, elle travaille aujourd’hui sur la représentation de la charpente au sein des divers media artistiques du bas Moyen Âge (XIVe-XVIe siècle).

Bibliographie
– L. Ceccantini,« Le plafond à caissons de la maison Sibra de Lagrasse (rue Foy) peint au début du XVIe siècle », dans Bulletin de la Société d’Études Scientifiques de l’Aude, à paraître.
– L. Ceccantini, D. Grenet, « Des plafonds à drôleries ? Analyse des plafonds peints médiévaux à la lumière des marges de manuscrits », dans Marges et Marginalia, Actes de journée d’étude [Paris, ENC, 16 Juin 2016], à paraître (sur le site internet de la journée)
– L. Ceccantini, D. Grenet, « Les programmes héraldiques des demeures patriciennes du sud de la France au XVe siècle », dansM. Metelo de Seixas, T. Hiltmann, Heraldry in Medieval and Modern Staterooms, à paraître (en version papier et internet).
– L. Ceccantini, Maison du patrimoine de Lagrasse, 16 rue Paul Vergnes (B230). Inventaire archéologique et iconographique des charpentes peintes, Rapport de Mission pour la Commune de Lagrasse, Septembre 2015, 59 p.
– L. Ceccantini, J.-P. Sarret, « Observations sur la charpente peinte du vestibule bas de la chapelle d’Auger de Gogenx », dans N. Pousthomis-Dalle, Programme collectif de Recherche (2013-2015). Lagrasse (Aude). L’Abbaye, le bourg et le terroir. Rapport final (2013-2016), p. 66-75.
– L. Ceccantini, « Quatre portraits royaux découverts sur le plafond peint de la maison du 6 rue Foy à Lagrasse (Aude) », dans P. Lorentz, Culture et représentations des élites en Europe à la fin du Moyen Âge : les décors des demeures, Actes de journée d’étude [Paris, INHA, 5 octobre 2013], à paraître.
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Amira Belhout est doctorante en architecture à l’Université Badji Mokhtar, Annaba, Algérie, sous la direction de K. Boufenara (Maitre de conférences, Université Badji Mokhtar, Annaba), dans le cadre d’une cotutelle avec l’École Pratique des Hautes Études, sous la direction de C. Saliou (Professeur, Université Paris 8 et directeur d’étude à l’EPHE). Amira Belhout prépare une thèse sur les processus de construction et les modalités de déroulement du chantier antique à Djémila durant le IIIe siècle après. J.-C, intitulée Le chantier antique au service du patrimoine, le cas de Djemila/Cuicul.

Bibliographie
– A. Belhout, La couture urbaine, le cas de l’agglomération Zouaghi, Constantine, Mémoire de Master 2, Maitrise d’ouvrage architecturale et urbaine, sous la direction de A. Bouchareb et H. Ariane-Bouchareb, Université Constantine 3, 2015.
– A. Belhout, Une proposition de réaménagement du Pos 2BZouaghi, Constantine, Mémoire de Master 1, Maitrise d’ouvrage architecturale et urbaine, sous la direction de A. Bouchareb, S. Bestandji et Z. Guenadez, Université Constantine 3, 2014.
– A. Belhout, « L’outillage du chantier de construction à Djémila/Cuicul », Antiquités Africaines, à paraître.

L’impact de la construction du temple de Vénus et de son chantier sur la mobilité urbaine à Cuicul/Djémila.

Le temple de Vénus érigé dans le centre monumental de l’agglomération primitive de Cuicul durant le dernier tiers du IIe siècle après. J.-C, est venu modifier la physionomie de la ville. La construction de ce monument à la fois célèbre et peu étudié a généré la restructuration de Cuicul, du fait de son implantation dans l’angle Sud-Ouest du forum, à l’endroit qui marquait la rencontre du cardo maximus avec le  decumanus maximus. L’emplacement de ce sanctuaire sur un site déjà occupé a eu d’importants impacts sur le decumanus maximus : ce dernier a été rétréci dans sa partie orientale, supprimé et occupé par des habitations privées sur sa partie occidentale et par conséquent, il a perdu complètement sa fonction principale.
Par ailleurs, l’addition au forum de ce projet monumental et les travaux liés au chantier de sa construction ont sans doute entravé la mobilité urbaine ; à côté de la circulation continue sur le grand cardo (la route qui part d’Igilgili vers Lambèse), l’approvisionnement du chantier en matériaux de construction génère un trafic supplémentaire. On songe également à d’autres installations pouvant bloquer les rues et encombrer le site pendant quelques mois voire quelques années telles que l’installation des échafaudages et l’utilisation des engins de levage et des machines pour déplacer de lourds blocs.
À travers cette intervention, et à partir des réflexions préliminaires et des constations réalisées in situ, nous allons nous attacher en premier lieu à démontrer l’impact du projet de construction sur un site préalablement occupé et sur le fonctionnement du réaménagement des rues et bâtiments voisins. D’autre part, nous allons essayer de préciser l’incidence de ce chantier sur le fonctionnement des grandes artères de Cuicul.
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Raphaële Skupien a soutenu avec succès, le 24 novembre 2017, une thèse en histoire de l’art intitulée « Le peintre et le monument. L’invention du paysage urbain dans la peinture parisienne à la fin du Moyen Âge (XIVe-XVIe siècles) », préparée sous la direction d’Étienne Hamon, à l’Université d’Amiens. Elle a rejoint, à ce titre, le réseau Ménestrel et s’occupe, avec Boris Bove et Judith Förstel, de la rubrique « Paris médiéval ».Actuellement chargée de cours en histoire de l’art médiéval à l’Université de Lille et chargée d’études documentaires pour l’ensemble des œuvres sculptées traitées au Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France, Raphaële Skupien poursuit ses recherches sur le rôle des peintres dans l’émergence de la cartographie locale à l’aube de la Renaissance.

Bibliographie
– Direction d’ouvrage avec É. Hamon et M. Béguin, publication des actes du colloque « Formes de la maison au Moyen Âge et à la Renaissance, entre Loire et Meuse » (Amiens, 26-27 mai 2016), projet en cours : BQR 2018.
– R. Skupien, « Les chapelles flamboyantes de la Montagne Sainte-Geneviève, miroirs de la création artistique à Paris à la fin du Moyen Âge », Bulletin de la Montagne Sainte-Geneviève, n° 319, année 2016, p. 103-120.- Coordination éditoriale. S. Bourdin, M. Paoli et A. Reltgen-Tallon (dir.), La forme de la ville de l’Antiquité à la Renaissance– Une approche pluridisciplinaire, actes de colloque (Amiens, 7-9 nov. 2011), Rennes, PUR, 2015.
– Coordination éditoriale. É. Hamon, D. Poulain-Paris et J. Aycard(dir.), La Picardie flamboyante. Art et reconstructions entre 1450 et 1550, actes de colloque (Amiens, 21-23 nov. 2012), Rennes, PUR, 2015.
– R. Skupien, « Des monuments, des saints et des hommes ; vision des origines chrétiennes de Paris dans le Bréviaire de Châteauroux (avant 1415) » dans S. Bourdin, M. Paoli et A. Reltgen-Tallon (dir.), La forme de la ville de l’Antiquité à la Renaissance – Une approche pluridisciplinaire, actes de colloque (Amiens, 7-9 nov. 2011), coord. éd. R. Skupien, Rennes, PUR, 2015, p. 111-132.
– R. Skupien, « Le chantier de Saint-Séverin à la fin du Moyen Âge (1450-1515) ; un foyer artistique majeur du Paris flamboyant », Bulletin de la Montagne Sainte-Geneviève, n° 317, année 2014, p. 60-78.
– R. Skupien, « Entre Moyen Âge et Renaissance, les demeures du bourg Saint-Marcel vers 1510-1540 », Bulletin de la Montagne Sainte-Geneviève, n° 317, année 2014,p. 79-92.
– R. Skupien, « Saint-Denis, du conservatoire à la propagande royale » dans E. Marguin-Hamon (dir.), Le Pouvoir en actes : fonder, dire, montrer, contrefaire l’autorité, cat. expo. (Paris, Archives nationales, 27 mars – 24 juin 2013), Paris, 2013, p. 74.
– R. Skupien, « Deux rois, deux langues ? Le traité de Troyes, 1420 » dans ibid., p. 82-84.
– R. Skupien, « La signature » dans ibid., p. 171-176.
– R. Skupien, « Les faux de Robert d’Artois : un procès exemplaire » dans ibid., p. 192-194.
– R. Skupien, « Droit et science. Genèse de la critique d’authenticité des actes » dans ibid., p. 196-200.

L’esthétique de la rue droite à Paris et le rôle des peintres dans la reconstruction de l’espace urbain après la guerre de Cent Ans.

Alors que l’on s’émeut des « misères de Paris » (1435), que la ville en ruine devient le théâtre d’innombrables chantiers de reconstruction, les peintres locaux de la seconde moitié du XVe siècle en ont donné une image calme et paisible. Ils ont représenté une ville bigarrée, haute en couleurs, où l’on reconnaît parfois un monument familier. En ancrant ainsi leur image dans la réalité, ces peintres ont su donner du crédit à leurs paysages urbains. Certains détails iconographiques, comme la multiplication des tours d’escalier à vis distribuant les étages des demeures à partir des années 1430-1440 ou l’évolution des modes de fermeture
des fenêtres, témoignent de l’attention particulière que certains d’entre eux ont porté à leur environnement monumental. D’autres, notamment Fouquet et ses émules, ont plutôt figuré de grandes percées urbaines, bordées de maisons régulièrement alignées de part et d’autre de la chaussée. Cette esthétique de la rue droite ne serait pourtant pas antérieure au règne de Charles VIII et se serait développée à la Renaissance, sous le règne de François I er, au détriment d’une esthétique traditionnellement fondée sur une certaine irrégularité. Or, ce débat autour de l’articulation des maisons avec la voirie transparaît précocement dans les sources iconographiques. Où les peintres ont-ils puisé leur inspiration ? Quel rôle ont-ils pu jouer dans la promotion d’une nouvelle conception plus régulière de l’espace urbain ? Pour répondre à ces questions, je reviendrai dans un premier temps sur l’iconographie de la rue en confrontant les représentations des maisons polyvalentes, des maisons à piliers et des maisons sur les ponts aux données historiques et archéologiques. Je m’intéresserai ensuite aux peintres qui ont œuvré dans l’espace urbain à la mise en couleur, par exemple, des enseignes et des façades. Enfin, je m’arrêterai sur les destinataires de ces paysages urbains et sur leur rôle de bâtisseur dans la ville. Je montrerai à travers cette présentation que le renouvellement de l’esthétique urbaine autour de 1500 est le fruit d’un long processus entamé un siècle auparavant, lors de la reconstruction du pont Notre-Dame en 1413.
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Léonore Losserand a soutenu en mars 2017 une thèse en histoire de l’art et de l’architecture des Temps modernes, intitulée Les chantiers d’églises paroissiales à Paris aux XVIIe et XVIIIe siècles, sous la direction de Claude Mignot à l’Université Paris I-Panthéon Sorbonne. Actuellement chercheur indépendant et chargée de cours à l’université de Valenciennes, ses activités récentes de recherche et de documentation se centrent sur l’étude historique et architecturale des monuments parisiens des XVIIe et XVIIIe siècles.

Bibliographie
– L. Losserand, « La commodité en architecture religieuse : les « réparations et ajustements » du chœur et du sanctuaire de Saint-Benoît de Paris entre 1677 et 1680 », Mélanges en l’honneur de Claude Mignot, Presses universitaire de Paris-Sorbonne (PUPS), sous presse, à paraître en 2018.
– L. Losserand, « Un autre son de cloche : le processus de construction des églises paroissiales de Paris et le rôle des marguilliers dans les chantiers », Chrétiens et sociétés, 2018, à paraître.
– L. Losserand, « Autour de dessins inédits pour les portes du transept de l’église Saint-Roch à Paris (1707) », dans les Actes du colloque Jules Hardouin-Mansart, Château de Versailles, 2010, sous presse, à paraître en 2018.
– L. Losserand, « Servandoni en héritage : précisions et rectifications sur le rôle d’Oudot de Mac Laurin dans le chantier de Saint-Sulpice », dans les Actes du colloque « Servandoni et son temps », à paraître en 2018.
– L. Losserand, « La maison générale des prêtres de la congrégation de la Mission à Paris (1632 – 1792) », dans Le clos Saint-Lazare, publié par le Comité d’histoire de la ville de Paris, Presses universitaires de Rennes, sous presse à paraître en 2018.
– L. Losserand, en collaboration avec le GRAHAL, « L’hôtel-Dieu de Carpentras à travers ses archives, 1750-1769 », Actes de la Journée d’étude « Patrimoine et Santé : de Soufflot à nos jours » Dijon et Mâcon, 9 et 10 octobre 2013, dans In Situ [En ligne], 31 | 2017, mis en ligne le 28 février 2017. URL : http://insitu.revues.org/13941 ; DOI : 10.4000/insitu.13941.
– Paris et ses églises, du Grand siècle aux Lumières, ouvrage dirigé par Mathieu Lours, avec la collaboration de Sébastien Bontemps, Laurent Lecomte et Nicole Lemaître. Préface d’Alexandre Gady, Paris, Editions Picard, 2016, 400 pages.
– L. Losserand, « Levage et transport des pierres au chantier de l’église Saint-Sulpice de Paris. Un témoignage sur le quotidien d’un chantier au milieu du XVIIIe siècle », dans [Collectif], Les temps de la construction : processus acteurs, matériaux, Actes du 2e Congrès francophone d’histoire de la construction, 29-31 janvier 2014, Paris, Editions Picard, 2016, p. 793-802.
– L. Losserand, « Le noviciat des Jésuites de Paris (1610 – vers 1806), un fragment d’histoire du Paris disparu », Bulletin de la Société d’histoire de Paris et d’Ile-de-France, 139e année (année 2012), 2014, p. 5-24.
– L. Losserand, « Le noviciat des Jésuites de Paris (1610 – vers 1806) : à la recherche de la mémoire des pierres », Bulletin de la Société historique du VIe arrondissement de Paris, nouvelle série n° 25 (année 2012), 2013, p. 91-108.

Lorsque le chantier déborde sur la rue. L’église paroissiale parisienne au XVIIe et XVIIIe siècle : un chantier public ?

Si Arlette Farge a longuement et précisément retracé la vie quotidienne dans les rues de Paris d’Ancien régime à travers les sources judiciaires, les sources liées directement ou indirectement au domaine de la construction apportent un éclairage singulier sur cette question infinie. L’ampleur et la durée de ces chantiers, qui rappellent au lointain ceux des cathédrales médiévales, tendent à nous interroger sur le statut des constructions d’églises
dans la capitale : peut-on aller jusqu’à parler d’un chantier public ? Nous présenterons des éléments issus de notre travail de thèse concernant l’installation de dépôt de matériaux et de l’emprise des chantiers permettant  d’alimenter cette problématique.
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Louis Baldasseroni est doctorant en histoire contemporaine à l’Université Paris-Est-Marne- la-Vallée. Il travaille sur l’histoire des travaux de voirie au XXe siècle, dans ses aspects socio-techniques : place des infrastructures dans les politiques de gestion de la circulation, mobilisation des usagers et riverains, aménagement du paysage de la rue, conflits d’usages et politiques de gestion du trafic. Titre de sa thèse : Du macadam au patrimoine, modernisation de la voirie et conflits d’usage, l’exemple de Lyon, fin XIXe -fin XXe siècles(direction : Pr. L. Vadelorge).

Bibliographie
– L. Baldasseroni, Une usine lyonnaise dans son quartier : Berliet à Monplaisir – Grand-Trou, 1901-1964, Mémoire de Master 1 en Histoire Contemporaine -Université Lyon III, 2010.
– L. Baldasseroni, La bataille de la rue : La voirie lyonnaise, support de mobilités urbaines, 1879-1969, Mémoire de Master 2 Histoire Contemporaine, Université Lyon 3, 2014.
– L. Baldasseroni, « Dénombrer pour décider : comptages de circulation et politiques urbaines, réflexions sur le cas lyonnais, XIXe-XXe siècles », Géocarrefour, n°91/3, 2017.

Tenir le haut du pavé : les services de voirie lyonnais en quête du meilleur matériau pour circuler dans les rues, années 1880-1920.

Le revêtement des chaussées et trottoirs fait l’objet d’une attention particulière à partir des années 1880, dans la continuité de l’idéologie hygiéniste en vigueur dans les villes occidentales depuis la fin du XVIIIe : les buts principaux sont d’éviter la formation de boues et de poussière en adoptant des revêtements qui évacuent bien les eaux pour un coût d’établissement et d’entretien acceptable. À Lyon, c’est le pavé d’échantillon qui semble répondre le mieux à ces attentes, devenant le revêtement privilégié des rues dès les années 1880. Cependant, l’évidence de ce choix mérite d’être discutée au-delà de ses aspects techniques. Cette communication vise à montrer que le choix du pavé est un choix politique marqué par une évolution bien peu linéaire et fortement dépendante de configurations locales voire micro-locales. Le pavage des chaussées lyonnaises s’inscrit dans des politiques plus larges d’équipement des rues dans les années 1880-1920, dans le cadre d’un imaginaire hygiéniste qui semble faire consensus. Pourtant, les configurations socio-spatiales locales imposent de nombreuses adaptations des revêtements pour des enjeux spécifiques à certaines rues. Par ailleurs, le choix du pavé résulte d’une série d’essais ponctuels infructueux de la part des services de voirie qui gèrent les rues lyonnaises, révélant des jeux d’acteurs et des rapports de pouvoir qui s’avèrent déterminants pour le choix du matériau privilégié. Ces essais empiriques permettent aussi d’affirmer la prééminence du savoir-faire des ingénieurs, dans le cadre de choix de revêtements dominés par des enjeux politiques et des considérations symboliques. Ce choix du pavé semble donc relever davantage de l’imaginaire de « la cité moderne » que Lyon affirme être dans les années 1900-1920 que d’une rationalité technique, alors même que le savoir-faire des ingénieurs est mobilisé pour justifier ces choix politiques.
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Brice Gruet est maître de conférences-HDR en géographie à l’Université de Paris-est-Créteil (UPEC). Ses travaux de recherche portent sur trois thématiques principales : les risques et les catastrophes naturelles depuis l’Antiquité jusqu’à l’époque actuelle – la ville, vue sous l’angle des représentations, du patrimoine et des discours sur l’urbain (en particulier sur l’Italie) – les espaces sacrés et le sacré en tant que valeur transformatrice de l’espace.

Bibliographie sélective
– B. Gruet, « Arquitectura e modernidade : Bussy-Saint-Georges, ou acidadeatual e o desafio de sua diluição », dans A. Fernandes (dir.), Construir a Metrópole Contemporânea, DiálogosFrança-Brasil 2, UFBA, 2016.
– B. Gruet, « Holy blood, sacred city. Naples and san Gennaro », dans E. Koch et H. Schlie (dir.), Orte der Imagination – Raüme des Affeckts. Die mediateFormierung des Sakralen, Wilhelm Fink, 2016.
– B. Gruet, « La voix humaine. Les cris des marchands ambulants et l’environnement sonore à Rome à travers deux documents du 17e siècle », dans J. Candeau et M.-B. Le Gonidec Paysages sensoriels. Essai d’anthropologie de la construction et de la perception de l’environnement sonore, CTHS, 2013.
– B. Gruet, Éruption avec témoins. Introduction, textes originaux, traductions, notes critiques sur l’éruption du Monte Nuovo(Campanie) de 1538, paru dans la collection Volcaniques des Presses universitaires de l’université Blaise Pascal, 2013.
– B. Gruet, La rue à Rome, miroir de la ville. Entre l’émotion et la norme, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, 2006.

La rue augmentée. Les architectures éphémères de la Rome baroque.

L’âge baroque correspond dans l’histoire urbaine de Rome à l’apogée de ce qu’il serait possible de définir comme des architectures éphémères de prestige. Des sources assez nombreuses, échelonnées entre les XVIIe et XVIIIe siècles, ont gardé la trace de ces dispositifs temporaires fort impressionnants, qui aboutissent dans certains cas à une recomposition intégrale de l’espace urbain tout le long du parcours. La fête la plus emblématique de ces dispositifs est sans doute le possesso, qui conduit le pape nouvellement élu du Vatican à Saint Jean de Latran à travers les rues de la Rome moderne et les vestiges de la Rome antique. Ces aménagements temporaires de la rue permettent d’interroger des notions familières comme le design urbain ou la définition de l’espace public, ainsi que la continuité existant entre les triomphes antiques et renaissants. On aura recours pour cette étude à l’iconographie disponible et à des sources écrites à la suite des travaux menés en Italie par Marcello Fagiolo.

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Bibliographie sélective sur le thème

– B. Rudofsky, Streets for people : a primer for Americans, New-York, Doubleday & Co, 1969.

– L. Salerno, L. Spezzaferro, et M. Tafuri, Via Giulia, una utopia urbanistica del 500, Rome, A. Staderini, 1975.

– J.-P. Leguay, La rue au Moyen Âge, Rennes, Ouest-France, 1984.

– Z. Celik (dir.), Streets, Critical persectives on public spaces, Los Angeles, University of California Press, 1994.

– D. Bocquet et S. Fettah (dir.), Réseaux techniques et conflits de pouvoir. Les dynamiques historiques des villes contemporaines, Rome, EFR, 2007.

– M. Boiteux, Parcours rituels romains à l’époque moderne, Rome, EFR, 2007.

– M. Fagiolo, Le Capitali della festa. Italia centrale e meridionale, Roma, De Luca, 2007.

– C. Saliou, N. Dieudonné-Glad, et P. Ballet (dir.), La rue dans l’Antiquité. Définition, aménagement et devenir de l’Orient méditerranéen à la Gaule, Rennes, PUR, 2008.

– P. Boucheron et N. Offenstadt (dir.), L’espace public au Moyen Âge. Débats autour de Jürgen Habermas, Paris, Presses universitaires de France, 2011.

– P. Boucheron et J.-P. Genet (dir.), Marquer la ville. Signes, traces, empreintes du pouvoir (XIIIe-XVIe siècle), Publications de la Sorbonne, 2013.

– « Mesurer et construire Paris », Histoire urbaine, 2015, vol. 43, no 2.

– « Pouvoirs des infrastructures », Histoire urbaine, 2016, vol. 45, no 1.

– A. Levasseur, Définir la rue publique du bas Moyen Age. Contribution à l’histoire du droit administratif des biens, Besançon, Presses universitaires de Franche Comté, 2017.