Séminaire Histoire de la construction
Organisé par
Le Centre de théorie et analyse du droit
(CTAD) UMR 7074, CNRS – Université Paris Nanterre
Le Laboratoire Archéologie et Philologie
d’Orient et d’Occident (UMR 8546, ENS-CNRS-EPHE)
Le Laboratoire Orient & Méditerranée (UMR 8167,
CNRS-Sorbonne Université-Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
et
L’Université de Lausanne
Mardi 19 mai 2026
de 9h30 à 16h30
Les tuiles,un matériau polyvalent et réutilisable ?
Lieu :
Château de Dorigny, salle CD106 Université de Lausanne (UNIL – Chamberonne)
9h 30 Introduction
10h Hélène Dessales, Unil, ENS – AOROC Quand les tuiles font le mur : les usages à l’époque romaine
11h Aris Baiardi, Unil Tracer la production : analyse des marques digitées sur les tuiles gallo-romaines de Vidy-Boulodrome
12h-13h45 Déjeuner
13h45 Amandine Charles, Bureau d’Études ÉVEHA Les terres cuites architecturales contemporaines de l’épave de l’Édouard, échoué dans la rade de Porto Vecchio (Corse)
15h Roberto Ricciuti, Gasser ceramic Patrimoine Bâti : quand la terre cuite raconte notre histoire
16h Revue de publications récentes sur l’histoire de la construction
Résumés
Hélène Dessales est professeure associée en archéologie romaine à l’UNIL et maître de conférences en archéologie à l’Ecole normale supérieure – PSL, rattachée au laboratoire AOROC. Ses recherches portent sur l’histoire des techniques dans le monde romain, en particulier des ouvrages hydrauliques et des chantiers de construction. Elle est l’auteur de plusieurs monographies sur ces sujets et a coordonné le programme ACoR (Atlas des techniques de la construction romaine), récemment publié. Ancien membre de l’Ecole française de Rome, elle a conduit des missions archéologiques en France, en Espagne et en Italie, dirigeant plusieurs programmes de recherche encore en cours sur le site de Pompéi et de Capri.
Quand les tuiles font le mur : les usages à l’époque romaine
Cette présentation s’intéresse à un usage moins attendu de la tuile, traditionnellement associée à la couverture, mais qui se révèle également fort présente dans les élévations à l’époque romaine. À travers l’étude de plusieurs contextes archéologiques, il s’agira d’examiner d’une part le réemploi de tuiles dans les parements, mobilisant des procédés proches de la brique retaillée et, d’autre part, l’existence d’une production spécialisée de tuiles à vocation multifonctionnelle. L’analyse croisée de ces pratiques invite à reconsidérer la place de la tuile comme un élément adaptable dans l’économie du bâti. Interroger cette multifonctionnalité permet ainsi de mieux comprendre les logiques de production, de circulation et de réutilisation des matériaux en terre cuite sur la longue durée.
Bibliographie :
Dessales H., “La produzione laterizia a Pompei: adeguamento di un materiale e organizzazione dei cantieri urbani”, in Bukowiecki, E., Volpe, R., Wulf-Rheidt, U. (ed.), Il laterizio nei cantieri imperiali. Roma e il Mediterraneo (Atti del I workshop Laterizio, Roma, 27-28 nov. 2014), Archeologia dell’architettura, 20, Sesto Fiorentino, 2015, p. 81-89.
Dessales H., « L’archéologie de la construction. Une nouvelle approche des monuments romains », Annales. Histoire, sciences sociales, 72e année, n°1, 2017, p. 75-94. Version française
Dessales H., « Quand la tuile fait le mur : notes sur la « conversion » d’un matériau de construction à
romaine, in Laüt L. (ed.), Sic transit…, la métamorphose des lieux et des objets dans le monde antique et médiéval, Études offertes à Françoise Dumasy, Publications de la Sorbonne, Paris 2017, p. 19-41.
Dessales H., « De architectura, construire pour durer : Vitruve face à l’obsolescence », in X. Jing et J. Zurbach, Passés croisés, passés composés : perspectives à partir des « Classiques » depuis la Chine et la France, Paris, Kimé, 2022, p. 179-192.
Dessales H. (ed.), The Villa of Diomedes. The making of a Roman villa in Pompeii, Collection Histoire et archéologie / Collection du Centre Jean Bérard, 52, Hermann, Centre Jean Bérard, Paris, 2020, 587 p, 41 pl.
Dessales H. (ed.), Ricostruire dopo un terremoto. Riparazioni antiche a Pompei, Collection « Études du Centre Jean Bérard », 13, Naples, 2022, 331 p.
Camporeale S., Dessales H., Tricoche A. (ed.), Atlas des techniques de la construction romaine. Guide. Atlante delle tecniche della costruzione romana. Guida, Costruire nel mondo antico, 10, Rome, 2026, 304 p. Open Access: DOI: 10.48235/1222
Dessales H., « Faire parler les murs : les innovations des bâtisseurs romains à Pompéi », Etude de lettres, n°327, 2025/3-4 (« L’arbre à Lettres. Leçons inaugurales 2024-2025 ») », édité par Léonard Burnand et Danielle van Mal-Maede), p. 1-23.
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Aris Baiardi est un étudiant en fin de master en archéologie provinciale celtique et romaine à l’Institut des sciences de l’Antiquité de l’Université de Lausanne (Unil). Sa formation porte sur la céramologie laténienne ainsi que sur les techniques de construction en terre et en bois. Ses travaux s’intéressent particulièrement à l’organisation des habitats ruraux et à la culture matérielle des régions du Plateau Suisse durant la période allant du deuxième Âge du Fer à l’époque romaine. Il participe à divers projets de terrain et de recherche de l’institut visant à mieux comprendre les dynamiques d’occupation et les échanges culturels entre populations celtiques et romaines.
Tracer la production : analyse des marques digitées sur les tuiles gallo-romaines de Vidy-Boulodrome
Les fouilles menées depuis 2013 dans le quartier gallo-romain de Vidy-Boulodrome, à la limite orientale du vicus de Lousonna, ont livré un corpus significatif de tuiles de toiture (tegulae) portant des marques anthropiques. L’analyse de 98 marques — principalement des marques digitées réalisées sur l’argile fraîche — a permis d’élaborer une première chronotypologie et d’examiner leur distribution chronologique et spatiale. Majoritairement constituées d’arcs ou de demi-cercles concentriques, ces marques apparaissent surtout entre la fin du Ier et la seconde moitié du IIe siècle ap. J.-C., période qui correspond à un pic d’utilisation dans le site. La comparaison avec d’autres contextes du bassin lémanique suggère une diffusion régionale de certains types et reflète probablement l’organisation du travail dans les ateliers de production dans les alentours. Interprétées comme marques de mouleurs servant au contrôle de production ou à la comptabilité interne, ces traces apportent un éclairage sur la chaîne opératoire et les dynamiques socio-économiques de la production de matériaux de construction dans la région autour le lac Léman.
Bibliographie sélective :
Baiardi A., « Quid in tegulis ? Analyse des marques de Vidy-Boulodrome », Chronozones 30, 2025, p. 68-73.
Lanthmann F., Demierre M. (Dir), Rapport d’intervention des fouilles-école UNIL-IASA, Lausanne-Vidy Boulodrome 2024 (VB24), Lausanne, Université de Lausanne, 2025.
Le Ny F., « Les fours de tuiliers gallo-romains en Suisse », Ziegelei-Museum 15, 1998, p. 23-30.
Wuillemin A., Éléments d’études métrologiques de tuiles gallo-romaines des cantons de Vaud et du Valais et analyse des marques épigraphiques et anépigraphiques, Mémoire de licence en archéologie provinciale romaine, Lausanne, Université de Lausanne, 2006.
Amandine Charles, a travaillé en archéologie préventive pour différents opérateurs, après l’obtention d’un Master 2 en Histoire de l’Art et Archéologie orienté sur les terres cuites architecturales médiévales. En 2010, elle intègre le bureau d’Études Eveha d’Île-de France pour lequel j’officie depuis lors comme gestionnaire des biens archéologiques mobiliers (BAM) et comme spécialiste des TCA franciliennes initialement. Les problématiques rencontrées et les besoins spécifiques lors des différentes fouilles au sein d’Éveha l’ont incitée à étendre mon domaine de compétences aux périodes plus récentes et aux aires géographiques plus éloignées.
Les terres cuites architecturales contemporaines de l’épave de l’Édouard,
échoué dans la rade de Porto Vecchio (Corse)
Les fouilles sous-marines menées sous la direction de Christelle Chouzenoux (Bureau d’Études ÉVEHA) dans la baie de Porto-Vecchio, en Corse du Sud, ont été réalisées préalablement au projet d’extension et de modernisation du port de pêche et de plaisance (Port Néo). Elles ont permis de caractériser les vestiges de l’épave Porto-Vecchio 5, un brick (voilier à 2 mâts) identifié comme l’Édouard, construit en 1873 et qui a fait naufrage après une tentative désespérée d’amarrage sur le rocher de Ziglione le 9 janvier 1896. Les sondages ont révélé une carlingue massive, une charpente transversale composée de membrures doubles resserrées alternant avec une maille étroite, la présence d’un plancher de cale ainsi que des éléments du massif arrière et la mèche du gouvernail.
Les trois doublages successifs de la coque ainsi que les traces de réparations observées lors de la fouille ont témoigné de la longévité du bâtiment, tout en confirmant ses nombreuses traversées au long cours et ses activités commerciales en Méditerranée et aux Antilles.
En effet, ce navire de commerce était principalement chargé de céramiques associées aux ateliers de Vallauris et à la vallée de l’Huveaune (fin du XIXe, début du XXe siècle) ainsi que de TCA, issues des tuileries du bassin du Séon et de l’arrière-pays marseillais, produites entre 1870 et le début du XXe siècle.
Bibliographie sélective :
Amouric H. 2001, Des ateliers et des hommes, être céramiste à Aubagne aux 19° et 20° siècles, Aubagne : Catalogue de l’exposition présentée aux ateliers Thérèse Neveu.
Amouric H., Abel V et alii 1995, Terres de Mémoire, 100 ans de céramique à Aubagne. xix-xxe siècles, catalogue d’exposition, Aubagne : Narration éditions, ouvrage édité par la ville d’Aubagne, avec le concours du laboratoire d’Archéologie médiévale méditerranéenne.
Amouric h., Guionova g. | Vallauri l. 2012, « CÉRAMIQUES AUX ÎLES D’AMÉRIQUE : LA PART DE LA MÉDITERRANÉE xviie-xixe s. in Actas do X Congresso Internacional A Cerâmica Medieval no Mediterrâneo, Silves, 22 a 27 outubro 2012, Oct 2012, Silves, Portugal. pp.440-454.
Amouric H., Vallauri L., vaysettes J.-L. 2008, Poteries d’eau, les eaux de la terre, du corps et du ciel, Aubagne : Lucie éditions & Communauté d’Agglomération Pays d’Aubagne et de l’Etoile.
Cartier J. 1996, « La tuile mécanique une technologie du xixe siècle », in Monumental 15, Couvertures Polychromes, Paris : Éditions du Patrimoine, pp.26-31.
Chouzenoux Ch. 2024, PORTO-VECCHIO (2A), PORT DE PÊCHE ET DE PLAISANCE, L’ÉPAVE DE L’ÉDOUARD, 1896, Rapport final d’opération archéologique (fouille préventive), Limoges : Éveha.
Daumalin X. 2014, Le patronat marseillais et la deuxième industrialisation, 1880-1930, Aix-en-Provence, France : Presses Universitaires de Provence. [Version numérisée sans pagination].
Daumalin X. 2021, « Les tuileries du bassin de Séon »In Marseille : la revue culturelle de la ville de Marseille, n°269, pp.49-52.
Marcel A. 2009-2011, Mémoire en Images Lorgues I et II, Saint-Avertin : édition Alain Sutton.
Raja P., Pelgas P., Miéjac É. 2017, Porto-Vecchio, Corse du Sud, Corse, Extension du port de pêche et de plaisance, rapport final d’opération de diagnostic, vol. 1 et 2, INRAP.
Ratier Y. 1989, La terre de Marseille : tuiles, briques et carreaux. Marseille, France : Chambre de commerce et d’industrie.
Reynaud G. 2021, « Séon aux quatres villages » in Marseille : la revue culturelle de la ville de Marseille, n°269, pp.5-9.
Sciallano M. 1987, « Les tomettes provençales » in Les amis du Viel Istre, édition du 40e anniversaire 1947-1987, bulletin n°10, édition les Amis du Viel Istre.
Sciallano M. 1991, « Les tomettes provençales » in La Céramique, l’archéologue et le potier, études de céramiques à Aubagne et en Provence du xvie–xxe siècle, Argilla 91, catalogue d’exposition, Narration éditions, ouvrage édité par la ville d’Aubagne, avec le concours du laboratoire d’Archéologie médiévale méditerranéenne et le concours de l’Association des céramistes et santonniers d’Aubagne, Aubagne. pp.93-95.
Salvy I. 2003 « L’industrie de la tuile et des briques » in Portraits d’industrie : collections du musée d’Histoire de Marseille, XIXe-XXe siècles, sous la dir. de Morel-Deledalle, Myriame, Marseille : Éditions Parenthèses/Musées de Marseille, pp.61-69.
Société générale de tuileries de Marseille et Cie, Tuiles, briques, Carreaux, album n°3, 1911 (catalogue commercial).
Roberto Ricciuti est chef de vente en Suisse romande de la société Gasser ceramic, spécialiste dans la production de briques et de tuiles.
Patrimoine Bâti : quand la terre cuite raconte notre histoire
Cette présentation explore la relation fusionnelle entre la terre cuite et l’identité architecturale Suisse. Bien plus qu’un simple matériau de construction, la tuile est présentée comme un témoin privilégié de notre histoire, un « journal intime » où les artisans d’autrefois ont gravé des messages galants, des chroniques météo ou des élans patriotiques. Trois axes seront développés dans cette présentation sur l’usage de la tuile : un héritage vivant ; la force des références ; l’innovation durable.
Bibliographie :
Grote M., Les tuiles anciennes du canton de Vaud, CAR n°67, Lausanne, 1996.

Eveha

