Séminaire Histoire de la construction

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Fer, bronze et plomb dans la construction

Organisé par

Le Laboratoire de Médiévistique Occidentale de Paris (LaMOP) UMR 8589, CNRS – Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Le Centre de théorie et analyse du droit (CTAD) UMR 7074, CNRS – Université Paris Nanterre
Le Laboratoire Archéologie et Philologie d’Orient et d’Occident (UMR 8546, ENS-CNRS-EPHE)

et

Le laboratoire Orient & Méditerranée. Textes Archéologie Histoire (UMR 8546-AOrOc, CNRS-ENS-EPHE- Collège de France, Université PSL)

avec le soutien de l’EUR Translitteræ.

Mardi 26 novembre 2019
de 10h à 17h30

Lieu :
Pavillon de l’Arsenal
21, Bd Morland, 75004 PARIS
métro : Sully-Morland ou Bastille.

10h Introduction par Maxime L’Héritier, Université Paris 8 – EA 1571 HPSS – ArScan, CNRS 7041
10h15 Gabriele Cifani, Boursier Marie Sklodowska-Curie, Ecole normale supérieure, Paris, AOrOc
L’uso dei metalli nell’architettura antica [L’usage des métaux dans l’architecture antique] (conférence en italien).
11h15 Mathieu Linlaud, Maître de conférences en Archéologie médiévale, Université Paris Nanterre, Arscan, UMR 7041, équipe Themam
Serrurerie médiévale : aborder la circulation dans l’espace architectural et urbain entre le Xe et le XVIe s. à partir du mobilier archéologique

12h30-14h Déjeuner

14h Marie Lafont, doctorante au Centre d’études supérieures de la Renaissance (UMR 7323) à Tours
Le travail du métal à Bourges : quelques éléments à partir de l’étude des registres comptables de la fin du XVe siècle
15h Cyrille Simonnet, Architecte, professeur d’histoire de l’architecture à l’Université de Genève
Morandi à Gênes. Le fer en déroute
16h15 Revue de publications récentes sur l’histoire de la construction

Résumés

Gabriele Cifani, chercheur et chargé d’enseignement en archéologie classique auprès de l’Université de Rome Tor Vergata, est actuellement chercheur auprès de l’École normale supérieure (AOrOc), en tant que boursier d’un programme de recherche Marie Skłodowska- Curie (2018-2020). Docteur de l’Université de Rome « La Sapienza », il a été lauréat de plusieurs bourses post-doctorales, à la Scuola Normale Superiore di Pisa (2001-2002), à la Freie Universität de Berlin (Deutscher Akademischer Austauschdienst / German Academic Exchange Service, DAAD ?, Alexander von Humboldt Stiftung, 2003, 2004-2005), à l’Université de Columbia (ltalian Academy, 2004) et à l’Université de Cambridge (2005-2007). Il a participé à des fouilles et missions de terrain en Italie (Palatin, Pyrgi, Volterra, Grumento), en Angleterre (Londres, Covent Garden) et en Libye, comme membre de la mission archéologique de l’Université « Roma Tre » à Leptis Magna (1997-1999). Il a également été un collaborateur de la Surintendance archéologique de Rome, de 1996 à 2002. Ses principaux domaines de recherche sont l’archéologie de la Rome archaïque, l’archéologie de la Tripolitaine, l’archéologie du paysage et l’histoire des économies anciennes.

L’uso dei metalli nell’architettura antica [L’usage des métaux dans l’architecture antique]
L’intervention abordera les différents témoignages d’usage des métaux dans l’architecture étrusque et romaine. Il s’agit d’un ensemble de matériaux fort peu documenté, dont la diffusion était pourtant bien plus étendue qu’on ne pourrait l’imaginer. Nous examinerons les données sur l’emploi des métaux comme éléments de liaison et de revêtement dans l’architecture antique et romaine, en particulier pour ce qui concerne le grand appareil. Nous aborderons plus spécifiquement les traces de revêtement et cas d’usage structurel du bronze en contexte romain.

Bibliographie :

  • G. Cifani, Architettura romana arcaica. Edilizia e società tra monarchia e repubblica, Rome, “L’Erma” di Bretschneider, 2008.
  • G. Cifani, Storia di una frontiera. Dinamiche territoriali e gruppi etnici nella media valle tiberina tra la prima età del ferro e la conquista romana, Rome, Roma Istituto Poligrafico e Zecca dello Stato, 2003.
  • G. Cifani, The origins of the roman economy, Cambridge, Cambridge University Press (2020)

Mathieu Linlaud est maître de conférences en Archéologie médiévale, Université Paris
Nanterre, Arscan, UMR 7041, équipe Themam. Ses thèmes de recherche sont le mobilier archéologique de la période médiévale (VIIIe-XVIe s.), l’évolution technique et usages sociaux de la serrurerie en Europe (Ier s. av. J.-C. – XVIe s. ap. J.-C.), la vie quotidienne au Moyen Âge ainsi que l’historiographie et les méthodes de représentation des objets archéologiques non céramiques (dessin, photographie, schématisation…).

Serrurerie médiévale : aborder la circulation dans l’espace architectural et urbain entre le Xe et le XVIe s. à partir du mobilier archéologique.
Avant la fin de la période carolingienne les mécanismes de serrures ne peuvent se manipuler (se fermer et s’ouvrir) que depuis un seul côté. Cette situation limite les possibilités et les usages dans le domaine de l’architecture. À partir du Xe siècle en Europe de l’Ouest, le mobilier archéologique révèle une innovation dans le domaine de la serrurerie jusque-là passée inaperçue : l’apparition des serrures bénardes (bisnardine, besnardes, binarde…). En s’ouvrant des deux côtés à l’aide de la même clé, ce type de serrure va progressivement modifier la société médiévale puis moderne. L’introduction d’une circulation plus libre et plus sécurisée au sein des bâtiments mais aussi de l’espace urbain va modifier les modes de vies et les manières d’habiter.

Cette présentation sera l’occasion d’aborder l’évolution technique de ce mécanisme à travers une lignée technique largement documentée par le mobilier archéologique. Un second objectif sera d’essayer de caractériser la zone géographique de diffusion de cette innovation. Les sources utilisées pour argumenter cette lecture sociale seront archéologiques, iconographiques et littéraires. Les sources comptables de la fin du Moyen Âge n’ont jusque-là été que très peu mobilisées dans ce travail, cette rencontre permettra de discuter des informations que ces sources peuvent éventuellement apporter sur ce sujet.

Bibliographie (non exhaustive sur le sujet) :

Linlaud M., « L’évolution des mécanismes de serrure aux XIVe et XVe siècles : vers une serrurerie moderne », in Henigfeld Y., Husi P., Ravoire F. (éd.), L’objet au Moyen Âge et à l’époque moderne : fabriquer, échanger, consommer et recycler, Caen : Presses universitaires de Caen, (16 p.) (à paraître premier trimestre 2020).
Lagane C., Linlaud M., « Approches archéologiques et techniques d’un meuble emblématique, l’armoire d’Aubazine (Corrèze) », in Angheben M., Martin P., Sparhubert E. (éd.), Regards croisés sur le monument médiéval. Mélanges offerts à Claude Andrault-Schmitt, Turnhout : Brepols, 2018, coll. « Culture & société médiévales », 33, p. 341 354.
Linlaud M., « L’utilisation des alliages cuivreux dans les mécanismes de serrure et de cadenas entre le VIIIe et le XVIe siècle », in Thomas N., Dandridge P. (éd.), Cuivres, bronzes et laitons médiévaux. Histoire, archéologie et archéométrie des productions en laiton, bronze et autres alliages à base de cuivre dans l’Europe médiévale (XIIe-XVIe siècles), Namur : Service Public de Wallonie Editions, 2018, coll. « Etudes et documents Archéologie », 39, p. 335 345.
Linlaud M., Serrures médiévales (VIIIe-XIIIe s.), Rennes : Presses Universitaires de Rennes, 2014, coll. « Archéologie et Culture ».


Marie Lafont est doctorante au Centre d’études supérieures de la Renaissance (UMR 7323) à Tours. Après un financement par contrat doctoral ministériel, elle est depuis la rentrée 2018 ATER au département d’histoire de l’art de l’Université de Tours. Sa thèse, dirigée par Alain Salamagne porte sur la reconstruction de Bourges après l’incendie de 1487. Dans ce cadre, elle mène une analyse croisée des sources écrites (comptes municipaux et minutes notariales principalement) et matérielles (édifices religieux et civils, dont près de 400 maisons en pan de bois datées des alentours de 1500). Cette confrontation vise à dégager les logiques et les acteurs qui ont pu présider à la reconstruction de la ville.

Le travail du métal à Bourges : quelques éléments à partir de l’étude des registres comptables de la fin du XVe siècle
Cette communication propose d’interroger les connaissances que nous avons de l’artisanat du métal dans la construction urbaine, à Bourges à la fin du XVe siècle. Les données sont issues des comptes municipaux, dépouillés et transcrits entre 1486 et 1500. À partir de la centaine d’articles concernant le métal, je présenterai les distinctions qui se dégagent dans les pratiques de chacun des artisans (plombeurs, fondeurs, serruriers et maréchaux). En effet, il semble que tous disposent d’un champ d’action particulier et défini. Par ailleurs, durant les quinze années étudiées, une sorte de monopole semble établi dans le travail du métal. Ce constat ne s’applique absolument pas dans les autres domaines de la construction (maçonnerie, charpenterie, couverture, etc.). Quelques pistes seront abordées afin d’amorcer la discussion sur les raisons qui conduisent les échevins à commander les pièces métalliques à un seul ouvrier.

Bibliographie :

  • « L’enceinte médiévale de Blois : quelques précisions sur un ensemble méconnu », Revue Archéologique du Centre de la France, tome 56, 2017, 10 p. http://racf.revues.org/2483
  • « L’apport des sources comptables dans l’étude des actions du pouvoir municipal à Bourges à la fin du XVe siècle », Cahiers d’histoire et d’archéologie du Berry, n° 217, juin 2018, p. 13-20.
  • « L’hôtel de ville de Bourges », dans Étienne Hamon (dir.), 176e Congrès Archéologique de France : Bourges et le Berry, 2019 (avec Lucie Gaugain).
  • (à paraître) « Organiser la reconstruction d’un espace urbain : Bourges après le grand incendie de 1487 », ”Et de rendre parfait l’imparfait de ce monde” : reconstructions, mémoires et désordres à la Renaissance, Classiques Garnier, collection Travaux du CESR.

Cyrille Simonnet est architecte, professeur d’histoire de l’architecture à l’Université de Genève, chercheur associé au laboratoire « architecture et cultures constructives » de l’Ensa de Grenoble. Titulaire de la médaille Georges Sarton (2007, Université de Gand) et de la médaille de l’académie française d’architecture (2017), il a dirigé l’Institut d’Architecture de l’Université de Genève (2000-2004) et la revue d’architecture « Faces » (2000-2010). Auteur de publications orientées vers l’histoire de la construction (« Le béton. Histoire d’un matériau » Parenthèses, 2005) et la théorie de l’architecture (« L’architecture ou la fiction constructive », Passion, 2001, Parenthèses, 2019), il a publié une « Brève histoire de l’air » aux éditions Quae (2014), objet vers lequel il oriente ses recherches comme expression pendante de l’immatérialité. Il publie en 2019 un ouvrage intitulé « De l’air et du béton » qui interroge la notion de matérialité à partir du couple thermique/tectonique, ainsi que « Morandi à Gênes. Autopsie d’un pont », ouvrage dans lequel il interroge la catastrophe survenue le 14 aout 2018 à partir d’une double question relative au génie civil (« franchir ») et à la voierie (« servir »).

Morandi à Gênes. Le fer en déroute
Argument. L’accident du 14 aout 2018 à Gênes a soulevé de nombreuses questions. La conférence développe un argumentaire basé sur deux figures, deux fonctions en réalité : celle du « servir » et celle du « tenir ». Servir : la problématique de la voie et de ses micro-segments lorsqu’elle devient pont ; « tenir » : la problématique du génie civil lorsque l’exigence du franchissement nécessite de matérialiser la discontinuité de la voie. L’idée est de faire résonner les occurrences du viaire (circuler) et du pont (franchir) à partir de cette définition limite, qui sert de titre à notre propos : « le pont comme accident de la route ». Avec Gênes comme toile de fond, on évoquera les questions du risque, de la maintenance, de la catastrophe, toutes aussi pertinentes que celle du paysage, de la circulation, de la construction.